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REMY  YADAN

 

REMY YADAN : Les Fumeurs Noirs / Festival ARDANTHE / Théâtre de Vanves / du 26 au 27 jan. 2015 – 20h30 lundi 26 janvier 19h30 mardi 27 janvier 2015.

Le metteur en scène et plasticien Remy Yadan recrée au festival Artdhanté son spectacle « Les fumeurs noirs ». Une expérience forte et sensible, qui métamorphose la salle du Théâtre de Vanves.


Un grand mix: le tube planétaire « Royal » de Lorde côtoie le chant des commandos, des extraits de l’inépuisable « Surveiller et punir » de Michel Foucault, sans oublier l’electro de Metronomy et la poésie de Walt Withman. Il y a aussi des comédiens nus, des fumigènes, et des effets visuels pas discrets. Et puis une arène, un bal pop et une salle de concert…Tout cela tient dans à peine une heure -et se tient! La force visuelle de ces « fumeurs noirs » opère, loin du méli-mélo opportuniste qu’on aurait pu craindre.

Les références musicales, littéraires, philosophiques, convergent pour dessiner le contour d’une humanité dans les fers, contrainte par la société. « Je ne me suis pas dit: il faut qu’on travaille sur l’autorité » explique Rémy Yadan, metteur en scène du spectacle, venu aux planches par les arts plastiques et la vidéo. « Avec les comédiens on a d’abord improvisé sur des textes, des gestuelles…puis on a approfondi ce qui était le plus marquant. Cette thématique sécuritaire, présente chez Foucault, est très actuelle… Même sans parler des événements récents. »


Cette matière première pop ou lettrée est travaillée dans une mise en espace immersive, point fort de cette proposition à la lisière de la performance, du théâtre et de la danse. Le public, rendu semi-aveugle par la pénombre et les fumigènes, pénètre d’abord une salle quasi-vide. Là, deux suppliciés contorsionnés émergent de l’obscurité, annonçant sans détour le thème du spectacle. Passé le premier choc visuel, chaque spectateur, constatant l’absence de siège, trouve une place aléatoire dans cet espace sinistre. Il évoquera tantôt la place publique, le stade antique ou la salle de concert, sous la surveillance muette et jamais relâchée de deux jumeaux impavides et cravatés, postés sous le plafond.


Progressivement, le jeu des projecteurs rythme les apparitions de personnages hiératiques, campés sur des podiums encerclant le public. Les premiers mots prononcés sont ceux de Michel Foucault: « Le soldat, c’est d’abord quelqu’un qui se reconnaît de loin (…) on habitue les recrues à porter la tête droite et haute, à se tenir droit sans courber le dos… »


Dans ce spectacle 360°, la troisième dimension prend tout son sens: il faut se tourner pour découvrir les successives interventions des nombreux comédiens, professionnels ou amateurs. Il faut lever les yeux pour suivre le concert déchaîné qui balance le titre « Royal » en un play back décomplexé. « Je n’ai pas voulu dénigrer le morceau, mais le présenter comme un exutoire. Ça claque, il y a une superficialité visuelle et musicale, qui parle énormément de notre condition humaine, de ce qui est sensé nous faire rêver: le rêve, préétabli, consensuel, ce rêve facile qui mène à l’abrutissement des masses », explique Rémy Yadan.


Alors que se succèdent les extraits philosophiques ou chantés, les références visuelles à l’architecture mussolinienne ou aux tortures infligées aux hommes en d’autres temps ou d’autres lieux, l’horizon s’obscurcit: le spectacle semble dresser le constat, au didactisme presque agaçant, d’une humanité façonnée, surveillée, sanctionnée par les sociétés de tout temps, sans salut possible. Le metteur en scène s’en défend: « J’ai voulu faire de ce spectacle une invitation à résister, un sursaut, face à la dimension disciplinaire, hiérarchique, hégémonique, de tout ce qui nous surplombe quotidiennement et qui aurait tendance à nous anéantir. J’ai conçu ce spectacle comme une respiration possible du vivant. » Une respiration: c’est ce qu’offre en effet la poésie de Walt Whitman, qui résonne à la fin du spectacle, par des extraits de « Feuille d’herbes », hymne aux libertés individuelles et à l’amour du monde et des êtres. Une respiration créée aussi par l’humour et la dérision qui traversent le spectacle: refrain militaire chanté quelques octaves trop haut pour être sincère ou solo de danse qui part en live, loin des canons de séduction.

Mais c’est surtout la richesse de l’univers visuel de ces « fumeurs noirs » qu’on retiendra: Rémy Yadan réussit à métamorphoser et multiplier l’espace du Théâtre de Vanves, à créer des univers contrastés et émotionnellement chargés, pour une expérience forte et sensible.


Christelle Granja

« Les fumeurs noirs » (ré-création) : Conception Rémy Yadan / Interprétation: B. Cerutti, P.-F. Doireau, Diane Regneault, J. Buresi, S. Peyrucq, D. Ammouche, F. Hasovic, N. Faure, C. Yadan, S. Subra, S. Causera, J. Bechtoille, J. et J. Ramin, R. Yadan / http://www.theatre-vanves.fr/spectacle/les-fumeurs-noirs/