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Fabrice Hybert / Rémy Yadan

De la vaisselle et des dents… (vidéo 20mn,2005)

Rémy Yadan : Bon allé !

F. H. : Non, je suis complètement perdu. Je ne sais plus où j’en suis. Non, la mort c’est de toute façon que du recyclage pour moi. Tout soit recyclé, et puis voilà, on en prend l’essence, l’essence, les cendres et que c’est tout dans la terre et la terre est absolument recyclée, et c’est que des mémoires... Comme l’eau...Et que finalement on a trouvé ici.

Moi je fais des céramiques ici. Car c’est vachement présent dans toute la culture : on bouffe dans la céramique, on est dans la céramique tout le temps,...Puis la porcelaine. Et la porcelaine ici aussi c’est les dents. C’est ce qui reste vraiment après la mort. La seule chose qui reste, je l’ai appris récemment, la seule chose qui reste après la mort c’est les dents, même les os disparaissent. Donc entre les vaisselles et les dents. (il prend des notes) Donc voilà le titre : Les vaisselle et les dents.

Puis il y a un truc qui m’a toujours fasciné, c’est le truc gigogne qu’ils ont. gigogne c’est sexuel en même temps.

R. Y. : Gigogne, ça fait penser aux poupées russes ?

F. H. : C’est très poupée russe, bien sûr. C’est très sexuel, mais au même temps c’est le rangement. Voilà ce qui est fascinant, c’est à la fois le sexe et le rangement. Mais il manque quelque chose, il manque le choix, il manque la morale. Dans la gigogne il manque la morale (rires). Hé oui, une gigogne positive c’est le sexe et une gigogne négative c’est le rangement. Au même temps je me demande ici, pourquoi il y a des toits bleus partout ? Il y a des inquiétudes comme ça, des angoisses ! (rires)...Pourquoi des toits bleus ? Les toits bleus sont des morceaux du ciel, forcément, donc le ciel est tombé sur la tête. Est-ce que ce sont les gaulois qui étaient là ? Non. Mais il y a eu au même moment, il y a longtemps, il y a eu la même inquiétude du ciel qui tombe sur la tête. Ici ils ont assumé et ils ont voulu aller dans le ciel peut-être et puis ils ne sont pas partis dans le ciel, donc ils sont restés là et ils se sont dit, tiens, on va mettre des toits bleus, comme dans le ciel. Voilà, et ils se sont planqués là.

R. Y. : C’est la gigogne du ciel en quelque sorte !

F. H. : Oui, exactement. Le plus petit truc du ciel c’est le toit bleu et après finalement, les choses que l’on a trouvé ici, c’est les plats bleus...Le petits ronds là. Je pense qu’on a fait le tour, eh !? J’ai envie de trouver aussi, si on pouvait trouver dans ces fouilles, des restes d’une activité sexuelle ou d’une magie sexuelle. Avec des trous et des trucs qui s’enfoncent dans les trous. Comme si les extraterrestres étaient des sortes de pieuvres avec plein de...(gesticule)

R. Y : De tentacules !

F. H. : Oui, et puis, peut être, qu’ils avaient pleins de trous avec des bites, tu vois ?

R. Y. : Et alors toi, tu reconstruis avec la céramique des restes de culture ?

F. H. : J’essaye de trouver. Au même temps j’essaye de trouver le présent. (rires)

R. Y. : Et la Corée alors ?

F. H. : Et la Corée, ben, je n’ai pas vu des toits bleus ailleurs.

R. Y. : C’est les toits bleus qui t’ont fait venir? (rires)

F. H. : ah non c’est l’invitation, mais c’est marrant, la Corée c’est aussi une grande fabrique. Et à la fois, comme je te disais la dernière fois, un hôpital (rires). Une fabrique où l’on fait des clones, tu vois. C’est le clonage (recherche parmi ses papiers et parle pour lui même). J’ai beaucoup de notes tu sais,...Extraterrestres...Toutes les combinaisons....Il y a des ronds à chaque fois, c’est incroyable...Les clones...Il y a tellement de choses qui se sont passées ici, je suis toujours perdu....Donc, qu’est ce que je disais ? Ah oui, la Corée c’est une grande fabrique…

R. Y. : Une grande production

F. H : Oui la production, la chaîne, la fabrication...

R. Y. : La série…

F. H. : La série. Il faut savoir que je suis né en Vendée, dans un petit village. Ma maison s’appelle « la série » (rires). C’est dingue, non ?

F. H : Et... la série,...donc c’est la fabrication en série. Mais au même temps, ça provoque des erreurs, des malformations. Les erreurs quelque fois il faut les accepter, et hop ! c’est quelque fois c’est une usine qui s’arrête, qu’il faut reproduire.

R. Y. : Et ta production est un agrégat d’erreurs?

F. H. : C’est que des erreurs...C’est que des erreurs. A chaque fois j’imagine une série qui peut s’arrêter. Et paf ! ça me fait des tas de possibilités d’erreurs en tous les sens, ce qui fait que je ne peux absolument pas m’arrêter. C’est le contraire de la série, c’est le contraire du travail, de la fabrication. La fabrication s’arrête. Le contraire de clonage, oui.

Tu sais que la première fois que j’ai fait des travaux sur le clones (rires), j’avais fait un petit tableau qui s’appelait la conversation de clones assis. C’était trois fois Pierre. Je l’avais pris dans trois fauteuils que l’on avait à la maison, comme ça (dessine dans l’air), je dessinais, je faisais des contours comme ça, comme des ombres, lui et le fauteuil ; lui et le fauteuil ; lui et le fauteuil, à trois positions différentes sur le même tableau. Et c’est la conversation de clones assis. Tu vois, quand on accepte toutes les erreurs tout le temps, il y a un moment où on les...on les prévoie, on les prévoie les erreurs. On les prévoie comme faisant partie intégrante de la production...

R. Y. : C’est ce qui motorise la création

F. H. : oui bien sûr. La prévoyance, prévoie toutes les possibilités d’erreur. Ce qui fait que c’est un champs d’action gigantesque. Mais de plus en plus gigantesque ! Ça ne peut pas m’arrêter. A chaque fois j’ai une sorte de truc qui ressort. C’est horrible. C’est pour cela que plus j’ai de cheveux, plus j’en porte. C’est pour ça que je porte ça (se touche les cheveux en riant)

R. Y. : Et comment perçois-tu Mr Go, face à ta production ? Lui qui est dans une assiduité très rituelle.

F. H. : Il apprend tout le temps. Même l’anglais il l’apprend, tout le temps. Tu vois là maintenant il parle anglais. Très vite. Il apprend et il a besoin d’apprendre, il est à l’aise dans son truc, dans son univers, il y a sa femme qui vend des céramiques là-bas, qui fait des céramiques, il est bien, il fait ce qu’il veut, quand il veut, il a le temps,...

R. Y. : Tu penses qu’il a un regard sur le travail ?

R. Y. :Quel est son regard à ton avis ?

F. H. : Je sais pas...

R. Y. : C’est une curiosité en tout cas

F. H. : Ouais...

F. H. : T’arrêtes de parler !

R. Y. : Ta gueule

(Rires)

F. H. : T’es pire que moi en fait !

R. Y. : Vas-y !

(Rires)

F. H. : et...

R. Y. : Non mais c’est quelque chose qui m’intéresse vraiment...

F. H. : Moi je pense, je pense,...Tu vois moi ce matin je fais des choses, des petites empreintes de doigts comme ça, comme si il y a avait des empreintes à l’intérieur, très léger. Et il dit . Et il comprend tout le truc. Il comprend dans son système, puis voit la vitesse avec laquelle je travaille. Le décalage que je fais. C’est ce qu’il rêve de faire, il rêve de ne jamais faire la même chose, lui.

R. Y. : Sans le savoir vraiment.

F. H. : Voilà. Et tout d’un coup il voit qu’il y a quelqu’un qui est là, qui fait toutes les possibilités que il a mis en place lui et on comprend vite, on n’a pas le temps de d’apprendre longtemps, nian nian nian !!!. On n’a pas de temps à perdre. On a pas de temps à perdre à faire des ciels. Toujours un peu chiant d’ailleurs.

R. Y. : La confusion est partout

F. H. : Oui il faudrait refaire, il faudrait que tous les gens qui s’occupent d’art fassent des tests artistes -artisans, artistes -artisans, Beep! gagné, pas gagné. Ça serait bien ça. Tu verras, ça serait intéressant. Puis après j’ai voulu insister, aussi c’est mon rôle d’être un peu chiant, de pousser un peu...

F. H. :. Et...il fait froid, elle est froide cette dame (rires)(L’interview se fait sur une tombe)

J’assistais auprès de Bernard, pour pouvoir revenir là, pour faire des dessins sur des plaques. C’est le seul dans la région qui fait de si grandes plaques.

R.Y. : Sans les casser

F. H. : Oui, voilà. Et ça c’est important. J’ai donc voulu revenir là, il a vu que j’ai fait quatre plaques dans l’espace de... J’inventais des petits systèmes comme ça dans l’espace d’une demi-heure. Et il a dit ok, on va faire quelque chose, c’est clair.

RY : Et tu lui avais déjà montré tes dessins au préalable ? Ou sensibiliser à ton travail ?

F. H. : Jamais. Tu sais ça ne veut rien dire l’histoire de mes dessins. Ça ne veut rien dire du tout. C’est plutôt les comportements que je peux avoir, ou que quelqu’un peut avoir, qui sont importants pour faire des choses. Tu vois lui comprend vite. Les dossiers avec des dessins...Ça pour l’administration, mais pas pour des gens comme ça, pas pour des gens aussi légers, intelligents, et rapides.

R. Y. : Et tu comptes faire combien de plaques d’un coup. 300 ?

F. H. : 1001

R. Y. : Tu continues encore alors.

F. H. : Je continue encore un peu, tant qu’il y en ait assez. Tant que je comprenne qu’il y a assez.

R. Y. : Donc 1001 est l’idée de départ.

F. H. : Oui pour faire beaucoup, en fait. Et puis en réalisant je m’aperçois que sans doute il en faut moins, car il faut qu’on se perde. Comme moi je me perd entre toutes ces références, la Corée, la gauloiserie (rires), la Corée le ciel et les trucs bleus, la terre,...et puis il faut pas vraiment donner de direction car à ce moment là, ça devient du fascisme. Ça devient un ordre. Un ordre. Moi j’adore le désordre, même si j’adore la gigogne, donc le rangement. Mais j’aime bien dans la gigogne qu’il y a une gigogne qui est assez...

R. Y. : T’es sûr que c’est le rangement qui t’intéresse le plus dans la gigogne ?

(rires)

F. H. : J’suis pas sûr ! (rires), mais j’aime bien le dérangement, alors. Voilà, le dérangement (il note). Dérangement comme la reconstitution et non pas la constitution.

Merci.