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Au risque de s’y plaire


création 2005

Théâtre des Louvrais / Scène Nationale de Cergy-Pontoise

14 comédiens

RÉMY  YADAN

 

L’indifférent semble toujours posséder cette maîtrise radieuse dont nous cherchons tous le secret. Il paraît vivre en circuit fermé, jouissant de son être, dans une béatitude que rien ne peut troubler.


Il est dieu…


L’indifférence n’est jamais simplement neutre. Elle n’est jamais pure absence de désir.


L’indifférence ne contredit pas, elle confirme les lois du désir.

Le désir métaphysique est toujours contagieux.

On peut attraper un désir voisin comme on attraperait la peste ou le choléra, par simple contact avec un sujet infecté.


Vanité et snobisme ne peuvent évidemment fleurir qu’en terrain préparé, au sein d’une vanité et d’un snobisme préalables.

Tout désir dans l’univers peut enfanter des désirs concurrents.



Flaubert formule dans l’une de ses notes «  jamais deux êtres n’aiment en même temps ».


Révéler son désir est une faute d’autant moins excusable qu’on ne saura plus tenté de la commettre dès que le partenaire l’aura lui-même commise.

La lutte est terminée dès que l’un des combattants confesse son désir et humilie son orgueil.


Le désir déclaré de l’esclave détruit celui du maître et assure son indifférence réelle. Cette indifférence en retour désespère l’esclave et redouble son désir.

La passion romantique est donc exactement l’inverse de ce qu’elle prétend être.

La victoire appartient à celui des deux amants qui soutient le mieux le mensonge.



Ici comme ailleurs c’est le rapprochement qui engendre le conflit.



Le secret de la réussite, en affaire comme en amour est la dissimulation.

Il faut dissimuler le désir qu’on éprouve, il faut simuler le désir que l’on n’éprouve pas.

Il faut mentir.


Textes comédiens, jeux frontaux :



Il faut dissimuler le désir qu’on éprouve,

Il faut simuler le désir que l’on n’éprouve pas.


Il faut mentir.

Les partenaires sont des joueurs, c’est-à-dire qu’ils s’entendent, mais pour la mésentente seulement. Personne ne veut perdre et pourtant, chose étrange, il n’y a plus, dans ce jeu là, que des perdants… « Tous grondaient, tous grognaient et tous se maudissaient… »


Chacun, nous le savons, rend l’autre responsable du malheur qui l’accable…


C’est le conflit stérile dont ne peuvent se déprendre ces libres associés.

C’est l’unité du désir triangulaire… Tout désir selon l’autre, si noble et si inoffensif qu’il nous paraisse à ses débuts, entraîne peu à peu sa victime dans des régions infernales.


Chacun imite l’autre tout en affirmant la priorité de son propre désir.

Chacun voit dans l’autre un persécuteur atrocement cruel.

Plus la haine est atroce plus elle nous rapproche du rival exécré.

Le désir de se distinguer à tout prix.



Il nous faut ouvrir une courte parenthèse. La présence d’un rival n’est pas nécessaire dans le désir sexuel, pour qu’on puisse qualifier ce désir de triangulaire. L’être aimé se dédouble en objet et en sujet sous le regard de l’amant.


Le désir sexuel, comme tous les désirs triangulaires, est toujours contagieux.

Imiter le désir de son amant c’est se désirer soi-même grâce au désir de cet amant.


Cette modalité particulière s’appelle la coquetterie…

La coquette ne veut pas livrer sa précieuse personne aux désirs qu’elle provoque.

Mais elle ne serait pas si précieuse si elle ne les provoquait pas.


Elle se fonde exclusivement sur la préférence que lui accordent les autres. C’est pourquoi la coquette recherche avidement et attise les désirs de son amant, non pas pour s’y abandonner mais pour mieux se refuser.


Le désespoir de l’amant et la coquetterie de l’aimée grandissent, car les deux sentiments sont copiés l’un sur l’autre. C’est un même désir, toujours plus intense qui circule entre les deux partenaires.


Mais plus ils se ressemblent, plus ils se rêvent différents.


La nature contagieuse du désir métaphysique est un point capital de la révélation romanesque.


Contagion et rapprochement  ne constituent au fond, qu’un seul et même phénomène.

La contagion est si générale  que tout individu peut devenir médiateur de son voisin.

Cet individu est peut-être incapable lui-même de désirer spontanément.

Il sera donc tenté de copier la copie de son propre désir.

Ce qui n’était chez lui qu’un simple caprice va se transformer en une passion violente.


Chacun sait que tout désir redouble de se voir partagé.

Le désir va circuler de plus en plus vite entre les deux rivaux, augmentant d’intensité entre chaque va-et-vient, tel le courant électrique dans une batterie qu’on est en train de charger.


Tous les rapports sont symétriques. Les deux partenaires se croient séparés par un gouffre insondable.

C’est l’opposition stérile des contraires, de plus en plus atroce et de plus en plus vaine, à mesure que les deux sujets se rapprochent l’un de l’autre et que s’intensifie leur désir.


Les frères ennemis s’engagent donc toujours dans les mêmes chemins pour leur plus grande rage.


On ne peut pas mettre en doute l’aveu involontaire d’un rival.

La structure triangulaire pénètre les moindres détails de l’existence quotidienne.

A l’origine d’un désir il y a toujours, disons-nous, le spectacle d’un autre désir, réel ou illusoire.


La coquette ne veut pas livrer sa précieuse personne aux désirs qu’elle provoque mais elle ne serait pas si précieuse, si elle ne les provoquait pas.

Elle entretient et attise les désirs de son amant, non pas pour s’y abandonner, mais pour mieux se refuser.

Offrir son désir à autrui, c’est se créer, à chaque pas, des obstacles nouveaux et c’est renforcer les obstacles existants.