. Arte Créative - Atelier A, Documentaire vidéo de 10mn - février 2017 

. The Family of the Invisibles, France-Corée / Collection du Cnap / Séoul Museum of Art, 2016

. La Vignette - France Culture, Aude Lavigne, France Culture, 2015

. Où maintenant ? Quand maintenant ? Qui maintenant ?, Publication / Emmanuel Saulnier, Février 2016

. Art Press, Introducing par Anaël Pigeat, Février 2015

. Maculture.fr, par Wilson Le Personnic, Février 2015

. Inferno Magazine, Claque visuelle, par Christelle Granja, février 2015

. Toute la Culture, L’expérience ténébreuse de Rémy Yadan, par Camille Lucille Clerchon, Février 2015

. TÊTU Magazine, Tribunes Libres, Octobre 2014

. Yagg - YAGG TV, Interview de Rémy Yadan par Christophe Martet - Juillet 2014

. INFERNO, Magazine biannuel - Entretien de Rémy Yadan par Camilla Spizzichillo - Juin / Décembre 2014

. Jacques Damase au Pays du livre, Hommage à Jacques Damase par Rémy Yadan - rediffusion 2014

. Théâtral Magazine, Février 2014

. Rémy Yadan met les voiles, Le Télegramme, mars 2013

. Tamm Coat, mise à l’eau, Le Télégramme, mars 2013

. Rémy Yadan ; une culture ouverte sur le monde, Ouest-France, mars 2013

. De la pluridisciplinarité au travail de l’art, Séminaire, Villa Médicis avec Catherine Strasser et Yannis Kounellis, 2012

. Bee Jazz, Émission radio réalisée avec le compositeur Magic Malik, 2012

. Appuntamenti, Occupano / presse italienne, mars 2012

. Théâtre des expositions, catalogue de l’Académie de France à Rome - Villa Médicis, 2011

. Tableau de chasse, Émission radio réalisée avec la chanteuse-compositrice Claire Diterzi, 2011

. Aiguilles et bottes de foin, La Marseillaise, Denis Bonneville, oct 2010

. Wall painting, Émission radio réalisée avec le plasticien Kees Visser et le galeriste Jérôme Poggi, 2010

. Rémy Yadan, du plateau à l’écran, La Marseillaise, Denis Bonneville, oct 2010

. Le procès d’Oscar Wilde, Émission radio réalisée avec le plasticien Christian Merlhiot, 2010

. MadresTurbulences vidéos, Numéro 64, Marianne Derrien, 2009

. Chronique, Émission réalisée avec le plasticien Clément Cogitore, 2009

. Kathy, Émission radio réalisée avec le plasticien Bertrand Lamarche et le critique d’art Guy Tortosa, 2009

. Projet avorté au 3bisf, La Marseillaise, 2009

. Réflexion bird, Émission radio réalisée avec le plasticien Cédric Eymenier, 2009

. (Not) a love song, Diaphora, Émission réalisée avec le chorégraphe Alain Buffard, 2008

. Tout contre… Rémy Yadan, Mouvement, Marianne Derrien, septembre 2008

. Confusion, Émission radio réalisée avec le plasticien Laurent Pernot, 2008

. Cruz Diez à Paris, Émission réalisée avec le plasticien Carlos Cruz DIez, 2007

. Je tu je, Émission radio réalisée avec la plasticienne Christelle Familiari et le galeriste Alain Gutharc, 2007

. Rémy Yadan, a blow to the heart, Frédéric Arends, Gus magazine, 08.08.2006

. Hologramme, Émission radio réalisée avec le plasticien et styliste Ali Mahdavi, 2006

. Les yeux de l’amour, Hervé Pons, portrait d'artiste, Têtu, 07.08.2006

. XXème Festival G&L, Catalogue de Turin

. Festival Underground de Lausanne, catalogue 2005

. Reporter, magazine portugais, 17.06.2005

. Tous les séïsmes, texte de Pierre Giquel, 20.03.2004

. A la frontière de la scène théâtrale, Midi libre, 19.04.2004

. Exposition Créteil Université, Le parisien, 08.06.2000

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TOUS LES SÉISMES

Par Pierre Giquel, écrivain, poète

 

Qu’il pratique la vidéo, la photographie ou la mise en scène, Rémy Yadan n’aime rien d’autre qu’entrer en volupté. Avec lui les medium n’ont de cesse de se frotter, de désoccuper leur tâche traditionnelle, convoquer des délices. La transe, qui nous éloigne du théâtre ou plutôt de la théâtralité, apprécie le comique. On ne s’étonnera donc pas d’entendre Isidore Ducasse préciser par la voix et le corps d’un jeune homme sa conception de l’humanité. Comme un chapitre parmi d’autres. Le comique, loin de toute bienséance, guide les monstres. Toujours vif, il sait féconder les chairs comme les tombes. Un spectacle qui n’est pas hanté est sans intérêt, Jean Genet nous aura convaincu.

 

Dans les propositions de Rémy Yadan, nous acceptons tous les séismes, les convulsions qui roulent dans le secret des corps, des âmes, des cris, nous acceptons les entrées fracassantes comme les chants indiscrets orchestrés par une voix, la Voix, celle des bords, celle de l’amant, sensuelle, juive. Le théâtre, ici, est une maison ouverte. Sur la danse, ce triomphe aux dents de lait. Sur le son, les mâchoires n’y sont pour rien. Sur les corps, tu claques comme dans la vérité de l’amour. Sur l’homme, jeune, entre deux caresses. Sur la dépouille, cette jubilation à voir tout s’effondrer, ce tellement de plaisir, de peur, d’éblouissement. D’incapacité, de manque où se faufile le rire, de parties jouées même quand je grimpe sur le lit de mes morts tant aimés, de mes vivants désinvoltes, de mes herbes prisées, de ma pensée.

 

Pierre Giquel

JUSQU’AU BOUT DU MONDE
Par François Barré, président de la compagnie Tamm Coat

 

Les croisements, les métissages font de beaux enfants. Rémy Yadan, jeune artiste français né d’un père juif tunisien et d’une mère bretonne en témoigne avec éclat. Héritier de cultures différentes et se nourrissant de leur confluence, il va à la rencontre, à la recherche du miracle d’une première rencontre. Celle-ci sans cesse renouvelée doit pour s’accomplir unir des êtres, enchanter les esprits et les corps, armer une représentation, cheminer sur des voies nouvelles, expérimenter.

 

Rémy Yadan sait ordonner le texte et l’espace, le jeu des corps en mouvement et leur alliance en un spectacle aux résonances multiples en appelant à la fois à la théâtralité, aux arts plastiques, à la vidéo, à la chorégraphie, à la musique et à la fusion de ces écritures en une totalité. Parfois seul et d’autres fois porté par un collectif d’acteurs, hors de la scène ou sur scène dans l’engrenage savant d’une « représentation », à la fois créateur de spectacle vivant et plasticien, il lui faut pour exercer pleinement ce vaste magistère, disposer d’un cadre de travail à la mesure de son étendue et de ses spécificités. Il lui faut donc une compagnie théâtrale ; c’est et ce sera Tamm Coat. Nous avons voulu constituer cette association de la façon la plus structurée mais la plus libre possible et avons dès le début placé son développement sous la houlette de membres d’honneur représentant une palette d’expériences et d’autorité reconnues. Née en décembre 2011, Tamm Coat dont on découvre dans les pages suivantes les premières créations nationales et internationales, poursuit un double objectif. Elle affirme la permanence théâtrale et chorégraphique de la dramaturgie, de la scénographie, du texte, du jeu des acteurs, du décor et des costumes, de la représentation en tant que construction et temporalité tout en se référant à un renouvellement de l’historiographie du théâtre moderne et contemporain, telle que Giovanni Lista l’a présentée dans son ouvrage de référence  « La Scène moderne1».

 

Si la volonté d’expérimentation y est première, elle ne se réclame nullement d’une rupture mais au contraire d’une histoire  prestigieuse marquée par des créateurs considérables qui du futurisme à aujourd’hui, d’Artaud à Roméo Castelluci, ont enrichi l’expérience théâtrale en invitant à sa célébration des artistes plasticiens et/ou des modalités de la création plasticienne : John Cage, Merce Cunningham, Robert Rauschenberg, Carmelo Bene et Sylvano Bussoti, Tadeusz Kantor, Jerzy Grotowski, le Living Theatre, la Fura del Baus, Robert Wilson …le « Théâtre physique » exaltant le corps, le geste et le cri ;  le « Théâtre d’artiste » né en 1944 avec la représentation privée chez Michel Leiris de la pièce de Picasso « Le désir attrapé par la queue » puis Ricardo Mosner, Michelangelo Pistoletto créant le groupe de théâtre « Zoo », Janis Kounellis avec Carlo Quartucci, Jean Dubuffet et son « Coucou bazar »… La qualité des acteurs réunis autour de Rémy Yadan, la diversité de leurs profils et de leurs expériences artistiques, offrent une vraie richesse d’interprétation.

Ainsi pour donner quelques exemples Diane Regneault  formée au Théâtre National de Strasbourg est-elle à la fois comédienne et auteure ; Bénédicte Cerutti qui a reçu la même formation a travaillé avec Stéphane Braunschweig,  Eric Vigner,  Olivier Py, Frédéric Fisbach, Jean-Louis Martinelli ; Gabriel Bestion de Camboulas pianiste et organiste est co-titulaire de l’orgue Ahrend de la cathédrale de Lyon. Il a créé plusieurs concerts-spectacles unissant la vidéo ou la danse ainsi qu’« Aveugle Instinct» à l'Opéra de Lyon. Il faut souligner la fidélité à Rémy Yadan de la plupart de ces interprètes qui comme Jessica Buresi comédienne et chanteuse ont toujours ou le plus souvent travaillé avec lui et sont devenus membres adhérents de l’association.  Tamm Coat est un foyer d’échanges, de volontés communes, de jeu et d’invention. 

 

Les comédiens, les danseurs, les musiciens, les plasticiens y forment le corps même du groupe. Il était urgent de structurer ce travail théâtral et chorégraphique par la création de cette compagnie après dix bonnes années de mise en scène. Je me souviens de la soirée bouleversante où m’avait menée Catherine Strasser au Théâtre des Louvrais (Scène Nationale de Pontoise). Trente comédiens y jouaient avec ferveur et passion un spectacle de Rémy Yadan intitulé Take this waltz. Ce que nous souhaitons aujourd’hui, alors qu’il ne cesse, en France, en Italie, en Argentine de déployer ses talents, c’est de pouvoir lui donner une logistique, une assise et les moyens d’une compagnie jeune, enthousiaste, fusionnelle, à l’ardent désir de mouvement, de défis, d’expérimentation. Tamm Coat Studio ira au bout du monde.


François Barré
1- Giovanni Lista – La Scène moderne, Encyclopédie mondiale des arts du spectacle dans la seconde moitié du XXème siècle –
Editions Carré et Actes Sud  1997

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ART PRESS

 

Dans son festival Artdanthé, le théâtre de Vanves présente les Fumeurs Noirs les 26 et 27 janvier 2015. Ce nouveau spectacle de Rémy Yadan, qui avait été joué sous la forme d'une ébauche l'année dernière, est une traversée de son année romaine passée en résidence à la Villa Médicis. C'est l'occasion de faire le point sur une œuvre qui échappe aux définitions, entre l'image et la scène.

Les frontières entre les arts se dissolvent aujourd'hui au profit de pratiques hybrides, nourries de collaborations et d'échanges entre les disciplines ; c'est là un sujet que nous avons évoqué à plusieurs reprises dans des numéros récents d'art press. Le travail de Rémy Yadan s'inscrit radicalement dans cette perspective. II a commencé des études d'interprétation théâtrale puis s'est inscrit à l'École nationale supérieure d'arts de Cergy où il s'est initié au médium vidéo. (1) C'est à partir de là qu'il a mûri l'œuvre qui lui est propre, et qui se développe à présent dans deux directions parallèles: celle de la vidéo, liée au réel, à l'intime et à une position de repli sur soi dans la fabrication des images, et celle de la scène qui en est comme le « rebond » , un travail lié à l'artifice, à la sphère publique et à une forme d'effervescence collective. Le médium semble induire le sujet. C'est probablement le questionnement sur le sacré qui relie ces deux chemins, dans une tension entre le monde du quotidien et celui des mythes.

 

INTIMITÉ DES IMAGES

Les vidéos de Rémy Yadan sont des travaux méditatifs, une pratique à part. Il y travaille seul, tant pour la prise de vue que pour le montage. Certaines tendent vers le documentaire et l'exploration de problématiques politiques et sociales, mais elles sont toujours traitées poétiquement, comme des voyages intérieurs. Dans Madres (2006) par exemple, il évoque l'histoire politique de l'Argentine, à travers des images d'absence, les visages des « Mères de la place de Mai » à Buenos Aires, dont les enfants ont disparu pendant la dictature entre 1976 et 1983. Plus récemment, il vient de remettre en lumière un chapitre douloureux de l'histoire italienne avec les Vrais hommes (2014). La beauté des îles Tremiti, sur la côte Adriatique italienne, contraste terriblement avec leur histoire ; Mussolini y a fait déporter les homosexuels entre 1928 et 1945. Le fait religieux est également parmi les sujets auxquels il revient souvent, par exemple dans la vidéo Je sais que tu m'entends (2009), inquiétante dénonciation des pratiques d'une église fanatique argentine (la bande-son d'une cérémonie est superposée à des images de passants dans la rue), ou encore dans le Bois des fous, qui montre un pardon en Bretagne, succession d'images arrachées au réel, parfois superposées, et toujours hors du temps. C'est plutôt à la mythologie que fait appel Du sang au cœur, court film d'une grande violence, dans lequel deux paysans abattent un lapin; il les a voulu animés comme des pantins par les forces qui les dépassent, celles du destin disent-ils.

 

EFFERVESCENCE DE LA SCENE

Rémy Yadan est aussi un meneur d'hommes; il dirige depuis 201 1 la compagnie Tamm Coat. Un groupe de comédiens et chanteurs qui travaillent depuis lors régulièrement avec lui. Ses spectacles sont créés à partir d'intentions qu'il propose puis adapte au fil des répétitions avec ses interprétes. Il dessine alors énormément. S'il s'appuie souvent sur des textes littéraires ou philosophiques, c'est pour s'en servir comme d'un outil de travail avec les comédiens. Certains de ces spectacles relévent plutåt du genre théåtral, comme Nihil Obstat (2012) qui s'appuie en grande partie sur le Livre de Job, et qui a été joué å Rome au Teatro Valle Occupato dont la programmation lui avait été confiée pendant une semaine (3). D'autres ont une dimension plastique plus forte, ce qui les place plutöt dans le registre de la performance théåtrale: dans ceux-lå, il joue parfois lui-méme.

Ces créations sont souvent le fruit d'un dialogue avec un lieu particulier. Par exemple Movimento Parallelo (201 1), recréation de son spectacle Huitiéme de soupir (2008) pour le grand salon de la Villa Médicis. Il s'agissait d'une mise en échec des protocoles de représentation théåtrale, étatique ou religieuse. Une sorte de déréglement drôle et poétique de I'ordre établi. De méme, Héraclés (2012). créé pour le salon d'HercuIe du Palais Farnése, reposait sur un dialogue avec la sculpture qui lui donne son nom et avec la puissance architecturale du lieu. Une maniére de souligner a la posture mortelle de l'homme qui tente d'usurper une image éternelle comme le dit Rémy Yadan.

 

C'est aussi une quéte existentielle que met en scene les Fumeurs noirs (2014). Contrairement à d'autres, ce spectacle, dont le titre fait référence à des jaillissement sous-marins qui sont à l'origine de la vie sur terre. C'est la vision sans issue d'une société perdue, et la tentative d'un sursaut de vie, de plaisir et de libération.

 

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TÊTU MAGAZINE

 

Rémy Yadan possède une petite maison en Bretagne, face à la mer. Il aime cette solitude, s'y retirer, prendre le temps du recul pour concevoir ses projets. Pourtant le garçon n'a rien d'un contemplatif mou, c'est un volubile, charmant et charmeur, qui aime vagabonder sur les chemins de traverse de l'art contemporain. Vidéaste, metteur en scène, performeur, écrivain, s'il donne l'impression de toucher à tout, le poète aux semelles de vent construit une œuvre dense, lyrique, aux accents expressionnistes et romantiques avec cette question nouée au corps : comment vivre ? "Mes vidéos sont le résultat d'une sécrétion angoissante, explique-t-il. Il y a quelque chose qui est de l'ordre de la quête existentielle." 

De la perte aussi, de la reconnaissance, de l'errance, du sentiment... Comme l'un de ses films Ecce Homo, sur l'univers des backrooms, projeté partout en Europe de festivals gay et lesbiens et en galeries d'art. «J'ai fait une quinzaine de films, celui-ci est le plus trash que j'ai réalisé. Cependant, pour moi, c'est un film sentimental. S'il y a des scènes de cul, elles sont accompagnées d'un texte de Bashung extrémement poétique qui "sentimentalise" les images. C'est un film totalement subjectif. Il peut y avoir un côté festif dans les backrooms, mais Ecce Homo flirte avec l'idée du desespoir. Ce n'est ni une l'apologie d'une certaine sexualité, ni une critique sociale. D'ailleurs, il se termine par une citation de Cocteau sur Genet: "Il faudra bien reconnaître que c'est un moraliste ! La balade est sulfureuse, mais il se dégage d'Ecce Homo une immense tendresse, un sentiment d'abandon total, de perte identitaire. Comme souvent dans le travail de Remy Yadan.

Certaines de ses ceuvres conçues lors d'une résidence de travail en Argentine seront présentées cet été à Buenos Aires dans le cadre d'une vaste exposition. «À Buenos Aires, j'ai réalisé une vidéo, Madres, car j'ai été choqué par l'attraction touristique autour la manifestation hebdomadaire des mères et des grands-mères des enfants disparus pendant la dictature. Il y a mise en scène de la douleur, la convoitise, l'empathie, le voyeurisme, les photographies qui n'en finissent pas. On se serait cru à la foire. Alors j'ai fait une vidéo uniquement sur les spectateurs. » Outre ses propres vidéos et ses performances, Rémy Yadan travaile aussi avec le plasticien Fabrice Hyber avec qui il a réalisé un document artistique à Séoul intitulé De la vaiselle et des dents, ou plus récemment avec Alain Buffard dont il a filmé Les Inconsolés pour Vidéo Danse. Si, pour Rémy, la sexualité n'est pas une identité, le petit gars de Créteil revendique l'ancrage de celle-ci au cœur de son travail. Au-delà, c'est bien d'amour dont il parle. De tendresse aussi.

 

Hervé Pons

Photo de Benni Valsson

 

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LA MARSEILLAISE

Rémy Yadan, du plateau à l'écran

 

Diplômé de l'Ecole nationale supérieure d'art de Cergy, le plasticien vidéaste et metteur en scène Rémy Yadan amche un parcours marqué par plusieurs résidences au Centre culturel Recoleta de Buenos Aires, où il présente. en 2006. une exposition personnelle bap. tisée Hora sideral ou à la Cité internationale des arts de Paris où en 2008, il réalise plusieurs mises en scène, tandis que ses vidéos sont projetées dans des festivals internationaux (Bruxelles, Lisbonne, Lausanne, Turin. Madrid, Buenos Aires...). Réalisateur pour les chorégraphies d'Alain Buffard Les In et (Not) a love song, projetées à Vidéodanse au Centre Pompidou en 2006 et 2008, il voit également film Madres intégré au Fond national d'art contemporain. Parallèlement depuis 2004, il propose à Paris une émission radio mensuelle consacrée à l'art contemporain. Diaphoraccords. et vient d'obtenir une résidence d'un an à la Villa Médicis de Rome, où il résidera d'avril 2011 à avril 2012 un parcours qu'il a voulu,  puis toujours, jalonné de séminaires de psychanalyse ; une démarche qui l'a amené, la saison dernière, à diriger des ateliers théâtre au sein de l'hôpital psychiatrique d'Aix-en-Provence, sur l'invitation du 3bisf ; une résidence qui, pour des raisons d'incompatibilités personnelles, n'a pu aboutir ; avec les participants à l'atelier, nous ne voulions pas laisser ce projet sans suite : cela n'a pas été simple, mais on y est arrivé « Sur le vif d'une vibration » .

Accueillis par le Point de bascule, rue Breteuil, Rémy Yadan et ses comédiens, pros et amateurs, présenteront demain et samedi le spectacle Tout va le mieux qu 'il soit possible. Fruit d'improvisations, comme une « pièce rudimentaire écrite collégialement sur le vif d'une vibration humaine, physique, spatiale, gestuelle, textuelle et musicale, à partir des thèmes de l'enfermement qu 'il soit amoureux, psychologique, affectif, médical ou politique. Le cloisonnement, l'isolement, l'incapacité à communiquer : de cette base a priori sombre, les ateliers ont révélé, selon lui, une part plus lumineuse : « Naturellement, des moments drôles et décalés, nécessaires, sont venus désamorcer la gravité, sans Vannuler explique-t-il. C'est le résultat d'une recherche théâtrale sensible, complice et contrariée par un groupe d'interprètes qui se rend à l'évidence en toute simplicité, conclut-il, soucieux de ne pas trop dévoiler le contenu de cet objet théâtral inspiré notamment par une phrase extraite de La trilogie du sacré sauvage de la journaliste et écrivaiti Virginie Luc : Nous qualifier de monstre ou d'ange, c'est formuler la méme insulte. C'est nous reléguer, dans les deux cas en dehors du monde.

 

Chaque soirée sera suivie, aux alentours de 22h, d'une série de projections des films de Rémy Yadan. Des films qui devaient initialement être accueillis par l'équipe voisine de Montévidéo qui. pour des raisons de travaux de sécurité, a dû fermer temporairement ses portes.

 

Denis Bonneville

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GUS MAGAZINE

Rémy Yadan, a blow to the heart…

 

Jeune artiste français poly talentueux, Rémy Yadan  propose une voie surprenante, loin des ponctifs et formes balisées de l'art contemporain. Vidéaste, photographe et metteur en scène, il pose un regard étonnant sur les corps et les âmes, travaillant dans un même mouvement la convulsion et le souffle, le cri et le murmure, l'obscénité et la grâce. Formé au théâtre, il entame ensuite des études en arts plastiques qui le conduiront d'abord à la réalisation de films vidéo. Il y excelle dans la composition d'images fascinantes, dont la fabuleuse Nécropole de l'amour (2002) où il réussit dans une économie de moyen (un plan, une voix) à créer un état hypnotique quasi instantané. La force de son regard tient au fait que d'emblée, il nous inclus dans son regard. Comme nous ouvre sa porte un hôte qui nous reçoit à sa table pour une dégustation poétique inédite. Ses vidéos captivent, tels autant d'appels enjôleurs. On n'oublie pas de si tôt la voix chaude des Transes (2000), quasi murmurée, qui soudain s'élève en un chant magnifique. Si Rémy Yadan refuse avec raison de s'enfermer dans une identité homosexuelle ou une "culture gay", il propose néanmoins, des travaux particulièrement audacieux sur le désir et la sexualité pédérastiques, dont la performance Take This Waltz (2004) et le stupéfiant Ecce Homo (2002) présenté notamment au dernier Pink Screens Festival de Bruxelles. Filmée en caméra infrarouge dans des backrooms, cette vidéo montre sur une chanson de Bashung, une chorégraphie trouble de corps phosphorescents en suspension. "Comme dans l'exploration des profondeurs océaniques, certains plans faisant penser à des mollusques marins" dixit Yadan. Loin d'une volonté pornographique de créer de l'excitation, Ecce Homo est une plongée abyssale révélant au final un grand désespoir, une quête de désir éperdue qui semble perdue d'avance. L'artiste y apparaît les yeux brillant de mille feux et offre à nouveau son regard au spectateur sidéré.

A 30 ans, Rémy Yadan est assurément un artiste à suivre. Son regard est aussi celui de critique dans Diaphora, une émission mensuelle consacrée à la création contemporaine sur Radio Campus Paris. Une rétrospective vidéo d'envergure aura lieu à Buenos Aires au Centre d'Art Recoleta en juillet 06. Et l'on pourra voir sa création vidéo dans Les paradis aveugles de Duong Thu Huong, mis en scène par Gilles Dao au Théâtre du Tarmac en septembre 06.

 

F.Arends

Magazine belge "Gus" parût en juillet-août 2006

 

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TOUTE LA CULTURE

 

Dès l’entrée dans la salle, nous éprouvons la noirceur, d’une densité toute particulière, mais assez lumineuse toutefois pour comprendre qu’il ne nous sera pas proposé de nous asseoir. Nous formons, spectateurs, un troupeau vacant, peut être légèrement inquiet, qui spontanément se rassemble au centre de la salle. De l’ombre surgissent des figures sur de nombreux podiums qui nous encerclent. Nous ne savons jamais où, dans ce cercle, se produira l’action, et restons dans un climat d’aguets qui fait de cette expérience une réelle aventure collective. De la noirceur surgissent de multiples foyers ; nous sommes confrontés, en tant que masse faisant, de fait, collectif, à un ensemble de propositions qui suscitent émotions et réflexions : la surveillance, la punition, le sacrifice et la cruauté comme notions fondatrices des sociétés. Le patriotisme martial est mis sur le plateau, sentiments mêlés en ces temps où les valeurs semblent se reconfigurer, telle une tectonique des plaques à l’issue incertaine.
Puis parfois de véritables moments de danse viennent dire la liberté inaliénable des corps, les chants et les chorégraphies colorent de joie, de légèreté mais aussi de vanité cette expérience troublante.

Les Fumeurs Noirs sont des formations géologiques situées au plus profond des océans, là où il n’y a plus de lumière, sorte de volcans desquels s’échappent des fluides brûlants, en quelque sorte, le trop plein de chaleur de la Terre.
Ce titre, et les images qu’il charrie est un fil conducteur pour un dispositif global au sein duquel se développe une proposition fragmentaire aux multiples références. S’il est fait appel aux écrits de Michel Foucault et de Walt Withman, il s’agit plus largement d’une expérience sensorielle et émotionnelle qui traite les textes pour les pouvoirs évocateurs des mots plus que pour étayer un propos philosophique construit. Il s’agirait donc de se laisser aller à une expérience possiblement cathartique.

La proposition de Rémy Yadan en appelle à la performance, au théâtre, à la danse et à l’installation dans une hybridité remarquable des disciplines. Enveloppés dans l’atmosphère singulière d’un univers visuel et sonore très puissant, debout comme dans une exposition, mais face à des corps livrés sans retenue comme à un spectacle de danse, et avec à des acteurs qui donnent corps à des textes, il y a dans les Fumeurs Noirs un syncrétisme rare, humble et génial.

Les Fumeurs Noirs de Rémy Yadan : du 26 au 27 janvier 2015 au Théâtre de Vanves

Programme complet du festival Artdanthé : http://www.theatre-vanves.fr/discipline/artdanthe/

 

Par Camille Lucile Clerchon 

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EN DOUCEUR ET EN FÉROCITÉ

CATHERINE STRASSER – REMY YADAN

 

 

Revue Laura / octobre 2013 - mars 2014

(Revue disponible dans les centres d'art)

 

Retour sur le travail de Rémy Yadan après son exposition Survivances à Eternal Gallery (mai-juillet 2013) et la performance de la compagnie Tamm Coat (le 18 mai 2013, place Choiseul à Tours), organisées par Eternal Network. Il sera en résidence au Volapük, à Tours, en novembre 2013.

 

Nous commençons cette fois une conversation inhabituelle, après tous les mots déjà échangés : nous allons devoir survoler l’Europe pour relier le centre de la France à la côte turque, les lieux de nos travaux actuels. Nos origines migrantes nous permettront de réunir les pièces  encore dans l’attente d’être rassemblées. Cette situation dispersée correspond parfaitement à la perception première que ton travail peut produire : un assemblage disparate de formes, elles-mêmes composites, si variées que je peux dans un premier temps les aborder par ce qui les sépare. Ce que tu développes depuis une quinzaine d’années dégage pourtant une cohérence forte et aisément distingable parmi les pratiques contemporaines. Cependant tu sembles construire sur des schizes, des paradoxes, des vertiges, dans tes inspirations comme dans tes réalisations. Celles-ci résulteraient alors de l'effort que tu fournis pour donner un sens à un monde en morceaux, pour partie hurlant, pour partie rêvant…Peut-être travailles-tu tes pièces comme un dresseur avec ses animaux, entre deux alternatives: en douceur ou en férocité – comme dit le langage du cirque.

Pour commencer, ta production se divise en deux groupes d’œuvres : les films videos d’une part et les performances théâtrales (tu reviendras sur leur définition) d’autre part. Tu te présentes donc comme un artiste plasticien et comme un metteur en scène au sens le plus large, puisque tu es aussi auteur. Qu’est-ce qui motive le choix d’une expression ou d’une autre dans ta création ?

 

Deux champs d'action principaux se sont effectivement définis au fil des années. Celui de l'image en mouvement et celui de la mise en scène. J'avais un parcours plutôt théâtral avant d'entrer à l'Ecole Nationale Supérieure d'Art de Cergy. Là, pendant ces années d'études, je me suis engagé dans la création vidéo et j'ai profité également de mon savoir faire interprétatif pour déployer mes premières performances théâtrales au sein même de l'établissement. Je faisais participer de nombreux intervenants extérieurs pour ces événements plus ou moins publics. L'appellation de performance théâtrale n'est pas réellement définitive même s'il y avait déjà à cette époque, d'évidentes références aux arts visuels qui se mêlaient à celles du spectacle vivant, qu'elles soient théâtrales ou chorégraphiques.

Ayant par la suite fidélisé ces deux modes de recherches et de travail, j’ai pu définir mon identité artistique sur ces deux pôles complémentaires, comme artiste plasticien cultivant la vidéo et la mise en scène.

Bien évidemment, le rapport à ces deux médiums ne fédère pas du tout les mêmes enjeux, ni dans l'élaboration de la démarche, ni dans le résultat. Pour comprendre ce qui caractérise ces deux choix, je dois peut-être, dans un premier temps, comprendre ce qui les différencie.

D'une part, dans mes oeuvres vidéos, je travaille souvent seul, aussi bien dans les prises de vue généralement saisies sur le vif que dans l'accomplissement du montage, alors que dans le dispositif scénique, l'édification des recherches plastiques et des improvisations sont communément l'aboutissement d'un dialogue physique et textuel, que je conduis en répétition, avec un grand nombre d'acteurs, de danseurs, de chanteurs, de musiciens et parfois de performeurs.

D'autres part, le rapport à la temporalité s'impose dans une notable distinction. Le travail vidéo définit une forme et la fige dans sa propre finalité, alors que dans les performances théâtrales, l'instantanéité de l'événement et les espaces dans lesquels j'interviens sont davantage déterminants – ces valeurs sont inhérentes à l'histoire de la Performance. Ce qui motive donc mon choix, dans une expression ou dans une autre, est profondément lié à ce que l'une et l'autre engagent.

 

Je distingue aussi deux approches. L’une, contemplative, met le spectateur dans un état méditatif, face à des phénomènes très lents, souvent liés au paysage et à son observation. L’autre, survoltée, excite ses nerfs et mobilise son attention par la profusion des évènements et leur éclatement dans l’espace, par leur expression presque convulsive. Sont-elles indépendantes du type de support, film ou spectacle ? Généraliser reste difficile avec toi mais il me semble rencontrer davantage la part méditative dans les films et la part convulsive dans certains spectacles. Reconnais-tu cette distinction ?

 

J'aurais tendance à privilégier dans la dimension vivante des spectacles un sens poétique fictionnel, éruptif et frénétique alors que dans mes productions vidéos, je serais plus à même de répandre une contenance introspective, recueillie et exaltée. Effectivement, il y a parfois une nette distinction entre les mises en scène impétueuses et les vidéos, mais elle est relative et peut s’effacer. Dans le domaine des arts vivants par exemple, l'orchestration de mes équipes galvanise chez moi les nécessités premières de création ; les rapports de force, les pertes, les tentatives, les incapacités, les dérélictions … Toutes ces épreuves de l'audace et de la liberté se traduisent amplement par des virulences scéniques, des affronts physiques et des ébranlements humains. Il y a un sentiment pressant et immédiat qui se bouscule dans mes mises en scène. Tout est foncièrement urgent. Cette composante prend donc parfois des formes sismiques et dispersées, plus excessives et plus enragées. Même si l'ensemble de mes spectacles peut sembler globalement désespéré, il y a aussi dans le traitement de ces écritures, d'engageantes grâces, de tendres ironies et d'heureuses poésies.

Mes dispositifs se fondent sur des éclatements spatiaux. Dans la mesure du possible, j'investis l'intégralité des lieux, la scène et ce qui l'entoure, les hauteurs, les perspectives opérationnelles, les renfoncements, les replis… une complète réappropriation des architectures, ce qui suscite quelquefois une prise différente sur le public, une saisie du spectateur.

En somme, je déploie en trois dimensions réelles et physiques ma création performative et théâtrale, ce que je ne peux naturellement pas réaliser dans mon travail d'image. Dans mes conceptions vidéos, je prends le temps, je pose les rushs et je décante seul. La notion contemplative est forte et récurrente. Notre place dans le monde, la question de notre survie, sont assurées par notre environnement social bien sûr, mais géographique aussi. La puissance des éléments naturels revient volontiers dans mes préoccupations plastiques ; comme l'ardeur océanique par exemple (L'offrande 6mn, 2001 ou Ravin bleu, 10mn, 2008) ou l'immensité de zones sableuses (Kaddish 10mn, 2012), tout ce qui peut nous anéantir, qui remet implicitement à leur juste mesure nos impuissances intrinsèques.

 

Dans tous les cas le rythme est déterminant, en lenteur comme en accélération, quel que soit le support. Il préside au montage des films comme à celui des scènes des spectacles. Tu peux le produire par un effet technique (comme le ralenti) mais aussi dans l’observation, ou par la simultanéité des actions menées par tes comédiens. Comment travailles-tu le rythme et ses variations ?

 

Le discernement rythmique est un véritable travail de composition. Dans un support comme dans l'autre, j'organise le temps subjectivement, en cherchant de l'acuité, de la sensibilité et de l'alternance par des phénomènes parfois lents et mesurés, ou brusques et précipités. Je favorise majoritairement les formes courtes et efficaces. L'étendue dramaturgique est au coeur même de ces élaborations. Je n'ai évidemment pas de règles arrêtées sur ce sujet, chaque oeuvre a ses propres vertus et contradictions. Malgré tout ce que je peux avancer ici, je ne sais pas de quoi seront faites mes prochaines productions. Je ne cherche donc pas de système dans lequel je déroulerai mon travail sur des structures conceptuelles préétablies. Je peux juste tenter de discerner le contenu des oeuvres jadis réalisées, sans pour autant les désosser. Je pense cependant que les variations rythmiques attestent de possibles embuscades scéniques ou scandent parfois des retournements émotionnels dans mes réalisations vidéos.

 

À certains moments, lorsque le rythme naît d’une action, tu peux prolonger la performance physique jusqu’à l’exténuation. Que cherches-tu alors?

 

En effet, c'est arrivé dans différentes pièces spectaculaires. Pour schématiser  un peu, l'exténuation physique d'un interprète sur le plateau est souvent motivée par un contre champ / contre point scénique où une imperturbable immobilité est en jeu par exemple. C'est bien le caractère performatif qui devient central dans ce type d'expérimentation. Des éclats de réalité et de sincérité, un don du corps à la limite du jeu et de la maîtrise. C'est une délicate frontière. A ces moments précis, je ne dirige pas mes comédiens en les exhortant à jouer mais plutôt à faire. C'est peut-être là le point névralgique de mes performances théâtrales :  mettre en scène une véracité physique, une action, une réalité relevant davantage des arts visuels tout en considérant l'enveloppe lumineuse et/ou musicale (si c'est le cas) dans un climat spectaculaire complètement assumé.

 

Tu produis le son comme la plupart des textes de tes pièces, filmiques ou théâtrales, et tu mixes des citations si nombreuses mais aussi si variées que leur assemblage surprend, jusqu’à les brouiller parfois. Abordant cette question je touche aussi le domaine de tes références : certaines sont occasionnelles, d’autres récurrentes. En quoi te motivent-elles ?

Dans le champ des références, comment souhaites-tu t’inscrire artistiquement ? De quels créateurs te sens-tu proche ? L’admiration joue-t-elle un rôle ?

Je produis le son de quelques pièces vidéos mais dans mes mises en scène j'utilise des musiques qui peuvent détonner par rapport au jeu des acteurs. Les époques musicales et les registres sont discordants. Par ces retentissements diversifiés, j'ouvre des perceptions innatendues en fuyant les cohérences visuelles et sonores. Il m'est difficile de savoir exactement comment et à quel endroit agit sur mon travail telle ou telle oeuvre qui m'aurait ébranlé. Ceci étant, on sait pertinemment que l'on se forge aussi sur des esthétiques marquantes. Je pense aux peintures de Caravage, de Richter, aux expositions performatives de Brett Bailey, d'Adrien Paci, de Christoph Schlingensief, aux spectacles de Romeo Castelluci, de Jürgen Gosch, d'Angelica Liddell, de Pippo Delbono, de Pierre Meunier ou d'Yves-Noël Genod, aux musiques de Ellen Alllien, de Magic Malik, de Koudlam, de Broadcast, de Plannigtorock, de J-S Bach ou de Brian Eno. Je ne peux pas oublier de citer Fellini et Pasolini.

 

Dans ton panthéon même, je reconnais deux lignées: l’une brûlante et l’autre glacée, le baroque et le classique, le lyrisme et la construction, l’improvisation et la maîtrise…

 

Oui, ces assemblages de chocs émotionnels et/ou plastiques contribuent aussi à mes recherches évolutives et au cheminement global de mes démarches.

Les oeuvres d'artistes citées plus haut ont eu des effets tangibles sur mon regard artistique. L'admiration peut affermir ma foi dans la création. Elle peut également enflammer mes désirs de travail, embraser mon aspiration, attiser mes appétences. Le tout est de bien digérer ces élans pour alimenter de nouvelles formes créatives, en restant toujours conscient de l'influence de ces oeuvres dans mes outils de production. Là est toute la complexité de la création.

 

Pour rester dans les oppositions, deux types d’inspirations se détachent de ton travail. Dans l’une, presque documentaire, tu te places en observateur de phénomènes naturels ou d’évènements sociaux. L’autre au contraire montre une fascination pour ce qu’on a appelé les grands récits : la Mythologie, la Bible, parfois aussi l’histoire. Comment expliques-tu ton attirance pour des sujets si éloignés ?

 

Il me semble que toute l'humanité est fondée sur la base même des grands récits. Ce qui explique peut-être mon attirance aussi bien pour des sujets sociaux que pour la Mythologie ou la Bible. On ne peut pas comprendre ses contemporains sans s'emparer de l'Histoire. D'une certaine manière, mes deux derniers spectacles raisonnent dans cette déroute de l'espèce humaine. J'aborde les mêmes souffrances, les mêmes injustices et les mêmes supplices en travaillant sur le Livre de Job (Nihil obstat, mise en scène à Rome lorsque j'étais pensionnaire à la Villa Médicis) que sur des textes contemporains comme Surveiller et punir de Michel Foucault (Il est ici le bonheur, mise en scène à Tours, dans le cadre de la dernière Nuit Européenne des Musées  par Eternal Network).

 

Il existe dans toutes les pièces, des plus documentaires aux plus imaginaires, une théâtralisation qui ne dépend en rien du sujet. Ainsi tu peux donner aux gestes les plus quotidiens, les plus triviaux, une forme de ritualisation. Mais aussi le thème de la cérémonie, réelle ou mise en scène, revient régulièrement dans ton travail. S’agit-il d’une fascination pour la forme rituelle? Ou d’un certains sens du sacré ?

La dimension sacralisante de mon travail est très présente. Qu'elle soit flagrante, authentique ou dissimulée dans le quotidien. De là, découlent des variantes cérémoniales qui m'ensorcellent. Je suis toujours très ému par la théâtralisation du religieux, des célébrations, des processions, de toutes ces solennités qui me déconcertent et me bouleversent. L'imprégnation morale des fidèles, l'apparence des sujets, leur conviction, leur coutume, leur histoire, leur poids, leur endurance, leur détermination et surtout leur croyance, sont des émotions fortes qui aspirent une partie de mon travail. Les oeuvres vidéos à caractère documentaire Madres 13mn, 2006 et Je sais que tu m'entends 14mn, 2009 (réalisées en Argentine) ou encore Le bois des fous 22mn, 2011, en témoignent. J'ai fait preuve d'une véritable immersion religieuse et politique pour la réalisation de ces images, essentiellement arrachées à la réalité.

 

Le rôle des hommes comme des femmes se trouve parfois malmené, ou traité de façon violente dans tes spectacles en particulier. La question du sexe y est omniprésente. Peux-tu préciser ta position ?

 

Durant mes premières années, j'expérimentais davantage la fureur des interprètes et les dérèglements comportementaux parfois libidinaux, mais je parlerais plus facilement de sensualité et d'érotisme que de sexualité. Une manière de me saisir des limites et de maintenir une forme de confrontation belliqueuse avec les spectateurs, c’est l’éternel bras de fer entre le spectacle et le public. Ces tendances ne sont pas impératives et s'avèrent de moins en moins répandues dans la conduite de mes recherches. Ce franchissement m’a certainement été indispensable pour appréhender un espace de travail sans trop de contrainte, une manière de gagner des libertés en évacuant les bornes. Ceci étant, je tiens à dire que personne n'a été malmené dans mes spectacles! Certaines scènes violentes étaient artificialisées par une interprétation distanciée et théâtralisée.

Les rôles ou les scènes qui véhiculent de la férocité s'inscrivent souvent dans l'ébullition scénique d'une exclusion affective ou sentimentale. C'est une gamme qui fait partie intégrante de mes écrits scéniques. Pourquoi exclure de mon travail ces affligeants constats? Je ne mets évidemment pas en scène la douleur mais il me semble capital de ne pas se débarrasser aveuglément du conflit. Le monde n'est pas paisible. Il regorge de dureté, de démesure, de démence, d'oppression et de soulèvements. 

Mon travail artistique, s’il est poétique, abonde aussi en cri et en révolte.

 

 

Assos, Turquie – Saint Marc du Cor, France, Août 2013

 

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Deux vieilles dames indignes?

Par Eric de Chassey

Publication: 25/03/2012

 

L'alliance entre la Villa Médicis et le Valle Occupato peut paraître contre-nature. Elle tient en réalité simplement à la nécessité que ce lieu maintenu par la France en Italie entretienne un lien privilégié avec les réalités culturelles les plus vivantes et les plus novatrices du pays qui l'accueille. J'aime à penser que cela ressemble un peu à l'amitié de deux vieilles dames un peu indignes: l'une, le théâtre, qui retrouve actuellement une nouvelle jeunesse; l'autre, la Villa, qui ne cesse de se renouveler depuis que, dans ses bâtiments et ses jardins du XVIe siècle, elle rassemble les meilleurs créateurs et chercheurs de toutes les disciplines, unis par une même conception dynamique de la culture. C'est d'ailleurs de ces créateurs pensionnaires (puisque c'est ainsi qu'on les appelle) qu'est venue l'initiative. Ce sont eux qui ont noué des liens avec leurs homologues italiens et qui se sont retrouvés programmés et programmateurs du Valle occupé, pour des soirées de poésie, de théâtre, de danse, de performances et de débats. Ce sont eux qui ont invité à venir à Rome, sans cachet, quelques artistes français particulièrement intéressants. (…) Mais je sais qu'il y a ici, à Rome, un vrai espoir pour la culture en Europe. Il est beau enthousiasmant que cet espoir vienne du pays qui semblait être allé le plus loin dans le rejet de la culture non-marchande, du pays dont les responsables -à l'avant-poste de beaucoup de leurs collègues malheureusement- proclamaient que la culture n'était rien d'autre que le prête-nom un peu chic du tourisme et de l'événementiel. C'est un travail de fond qui se fait dans cette expérience, élaboré à partir de l'idée que la culture est un bien commun, qui peut et doit pour cette raison échapper aux règles du profit sinon du marché: un travail certes particulier mais proprement exemplaire. "Comme est triste la prudence!"

 

CHEZ RÉMY YADAN, TOUT EST SIMPLE

 

il y a des images de mer, le souffle d'un coureur à pied, une femme impudique, une chanson douce interprétée par l'auteur lui-même dans sa fragilité toute nue et attendrissante. Mais tout cela est manié avec une telle maîtrise pour évoquer le désir qu'on ne peut s'empêcher de se dire qu'il nous fait de bien beaux cadeaux.Richard Squires c'est autre chose et pourtant il partage avec Tom de Pekin et Rémy Yadan le charme de la spontanéité mise en scène avec rigueur et parfois avec la plus grande loufoquerie, influence, sans doute, de la bande dessinée et des jeux vidéos. Son travail est tout autant subversif malgré ses airs de ne pas y toucher. Il est peut-être le plus fou des trois et j'aime ça.

 

On l'aura compris ce programme est un programme du soir car il est fait de désirs, de fantasmes et de musiques de night club envoûtantes.

 

Unglee, 19 août 2005